Fruit et légumes: un patrimoine génétique

Comparons tin catalogue de graines actuel à celui qu’offrait, en 1902, un grainetier de Louviers, petite ville de l’Eure.

Si le nombre des variétés mises à la disposition des jardiniers n’a que peu diminué (environ 10 %), celles-ci ne sont pas les mêmes sur les deux catalogues.

Certains légumes — tels le chervis, le crambé ou le cerfeuil tubéreux — ont disparu de la gamme, mais d’autres sont venus s’y ajouter : le fenouil, le maïs sucré et la courgette.

Des variétés purement locales (oignon blond de Léry, navet long sec de Louviers, etc.) manquent à l’appel tandis qu’apparaissent les variétés « hybrides Fl ».

Dans le secteur des arbres fruitiers, l’évolution est analogue, à la nuance près que les variétés régionales sont encore représentées sur les catalogues actuels de certains pépiniéristes haut-normands.

La demande des consommateurs

Que les variétés cultivées changent avec les époques, c’est normal. Le monde des champs et des jardins évolue sans cesse. Rendez-vous compte, par exemple, de tout ce qui sépare le chou sauvage — encore présent sur les falaises du pays de Gaux — de ses descendants chou pommé, chou frisé, chou-fleur, chou de Bruxelles et chou-rave !

A partir du chou primordial, au riche potentiel génétique, nos ancêtres ont su façonner progressivement, par des sélections successives, des plantes répondant à leurs besoins.

Ils ont également introduit des plantes qu’ils jugeaient intéressantes, comme le pommier Malus dasyphylla du Turkestan.

Par hybridation avec les pommiers sauvages de la région, il a donné d’innombrables variétés de pommes. Le semis d’un pépin de pomme donne un arbre différent des autres, en fonction des hasards de la recombinaison des gènes, lors de la fécondation.

Certains de ces arbres de semis se révèlent exceptionnels.

Les pommes « modernes », parfois décriées, sont les descendantes de variétés plus anciennes croisées entre elles. Elles sont sélectionnées pour la vigueur de l’arbre, sa résistance aux maladies, sa productivité, la conformité du fruit aux exigences actuelles des filières commerciales, etc.

Et ensuite, comme autrefois, on les multiplie par greffage.

On comprend mieux, maintenant, les causes qui ont présidé à la disparition de centaines de variétés au profit d’autres plus récentes : elles n’étaient plus adaptées aux méthodes de production et de commercialisation modernes, ou elles ne correspondaient plus à la demande des consommateurs, ou bien les deux à la fois.

Un exemple : autrefois, en Normandie, on consommait certaines pommes comme légumes, avec de la viande. Cet usage s’étant perdu, les fruits iront plus de raison d’être. A moins que la cuisine n’évolue…

Pour qu’une renaissance soit possible, encore faut-il que l’on puisse retrouver facilement un pied-mère, qui sera ensuite multiplié par greffage. En effet, il est impossible de recréer telle ou telle variété par les voies de la génétique. D’où l’utilité des collections créées et gérées par des associations ou des instances scientifiques.

De ces vergers-conservatoires sortiront les pommes de demain.

Plus productives

Côté légumes, le travail de sélection, qui se faisait autrefois dans les fermes, est devenu l’affaire de grosses entreprises, nationales ou multinationales.

Les progrès de la génétique ont permis de réaliser les meilleurs croisements entre des variétés anciennes dont on voulait additionner les qualités : ce sont les fameuses variétés hybrides Fl.

Plus précoces, plus homogènes, plus résistantes aux maladies, bref, plus productives, ces nouvelles variétés n’ont que deux défauts aux yeux des jardiniers : leurs graines sont beaucoup plus coûteuses que celles des variétés classiques, et on ne peut pas les reproduire soi-même au jardin.

Malgré tout, les variétés traditionnelles — c’est-à-dire non-hybrides — sont encore bien représentées sur les catalogues de graines.

Certains de nos légumes locaux se sont même taillés une réputation nationale, tels le radis ‘Violet de Gournay’, le poireau ‘Monstrueux d’Elbeuf ou le chou ‘Précoce de Louviers’.

Pour les légumes comme pour les fruits, l’évolution du goût des jardiniers a influencé la composition des catalogues de graines. On consomme moins de haricots secs en 1907 qu’en 1902, aussi est-il logique que le nombre des variétés proposées soit passé de 40 à 11.

Dans le même temps, le nombre de sortes de tomates présentées sur les catalogues évoqués plus haut est passé de 3 à 8. Autres temps, autres fruits et autres légumes…

Au Revoir

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